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Intervention Urgente mais Intelligente et Dissuasive au Mali

Posté par: Youssou GNINGUE| Lundi 02 juillet, 2012 10:17  | Consulté 6947 fois  |  11 Réactions  |   

Face à la rébellion des Touaregs du Nord du pays débutée le 17 janvier, menée en coopération avec des groupes islamistes, les soldats maliens ont subi des pertes forçant l’armée malienne à déserter ses bases et fuir littéralement face à l’avancée des rebelles touaregs plus déterminés. Ces victoires, justifiées par les nouveaux armements acquis de la Lybie, ont entrainé des reproches à l’endroit du président Amadou Toumani Touré. Pour certains soldats, son incompétence à mettre les moyens nécessaires à la disposition de l’armée a facilité cette supériorité militaire. En conséquence, des soldats mutinés dirigés par le capitaine Amadou Sanogo ont perpétré le 22 mars 2012 un coup d’état militaire forçant le président à la clandestinité.  En une seule journée toute la destinée d’une nation a été totalement modifiée.

Paradoxalement, le Mali s’apprêtait à des élections présidentielles prévues le 29 avril 2012. Ces soldats ont décidé immédiatement après la prise de pouvoir  de dissoudre les institutions, de suspendre la Constitution, d'instaurer un couvre-feu et de fermer les frontières pour une durée indéterminée. Ces braves défenseurs de la nation malienne ont précipité l’avancée des rebelles. Le coup d’état a été une forme de reddition de l’armée malienne. Sans combattre, les rebelles ont occupé plus de la moitié du territoire et ont imposé la division du Mali. Son Nord est proclamée comme étant une nouvelle république islamique appelée Azawad, région naturellement considérée comme le berceau des Touareg. Le Mali venait ainsi d’assister impuissamment à la division de son territoire et de perdre des régions comme Tombouctou, Kidal et Gao.

Sous la pression de la CEDEAO, les putschistes cèdent et acceptent la mise en place d’un pouvoir de transition démocratique.  Une tentative avortée de retour au pouvoir de soldats fidèles à l’ancien installe une cacophonie au sommet de son pouvoir restant. Pendant ce temps, on assiste à toutes formes de dérivations au Nord du Mali sous le contrôle des nouveaux maîtres du désert. Ils espèrent consolider leur pouvoir en face de la communauté internationale et forcer un fait accompli. L’urgence d’une intervention se pose de plus en plus mais elle devrait etre intelligente et dissuasive en suivant le processus ci-dessous.

1.     Rétablissement de l’ordre dans le sud du Mali

Les militaires putschistes n’auraient jamais tenté leur coup s’ils étaient certains de rencontrer une forte résistance ou de l’existence d’une force capable de rétablir l’ordre. La MICEMA (MIssion de la CEdeao au MAli) devrait déployer incessamment une force comptant 3 270 soldats. Les modalités de ce déploiement militaire ont été arrêtées à Abidjan, le 16 juin 2012, à partir d’une concertation d’urgence du Comité des chefs d’état-major des armées des pays membres de la CEDEAO. La MICEMA, bénéficiant de l’appui de l’ONU, aura pour mission principale de rétablir la sécurité à Bamako et la paix dans l’ensemble du Mali.

Une bonne stratégie de la mission serait de collaborer avec l’armée, de l’évaluer en nombre et en positions. Avant la crise, l’armée malienne était composée de 7.350 hommes avec 33 blindés et 16 avions de combat. Elle a connu des désertions de militaires touaregs et perdu des hommes avec les coups d’état. Elle a également perdu les bases du Nord. Il faudrait l’aider à retrouver ses repères et acquérir plus de matériels nécessaires à sa défense.

2.      Déploiement d’une force dissuasive

Le déploiement devrait s’effectuer principalement dans le Sud, encore inoccupé, pour consolider le pouvoir malien et donner la chance à la négociation.

Négocier en position de force !

L’association des pays voisins et non membres de la CEDEAO tels que la Mauritanie et l’Algérie devrait être effective car ces pays n’auraient pas intérêt à la consolidation  d’un tel Etat à leurs frontières.  

Il faudrait identifier les trois groupes; les Touaregs de MNLA, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et les islamistes d’Ansar Dine. Des contacts et discussions avec chacun d’eux seraient souhaitables avant la négociation générale. Ces groupes ont des objectifs totalement différents. Par exemple, les islamistes d'Ansar Dine, démolisseurs de mausolées et des aspects mythiques de Tombouctou et les Touaregs, cherchant à récupérer et revendiquer leur région naturelle, pourraient épouser des positions très contradictoires. Des experts islamistes et touaregs non partisans à la cause des rebelles pourraient être associés aux négociations.

La priorité devrait être donnée à l’isolement par blocage économique. Ceci devrait s’accompagner d’acquisition d’armements afin d’assurer une nette supériorité militaire. Au besoin, un déploiement supplémentaire d’hommes serait la bienvenue. 

La bataille psychologique devrait etre gagnée.

Gagner  la guerre sans la bataille.

L’évaluation précise des capacités des rebelles et de la situation sur place est indispensable Il faudrait convaincre les rebelles touaregs qu’ils ne pourraient pas soutenir la confrontation avec un effectif de 2.000 à 3.000 hommes.

3.     Conquête intelligente du Nord

Dans le cas d’échecs de négociation, le déploiement devrait s’effectuer progressivement au niveau des régions les plus voisines telles que Gao et Kidal. Ceci forcerait un recul vers le Nord-Ouest et devrait permettre de consolider ces positions. Il faudrait colmater les fissures laissées dans ces zones et panser les blessures. L’enrôlement de personnes le désirant dans l’armée malienne devrait etre opéré. Cette période devrait etre exploitée à redonner une dernière chance à la  négociation.

4.     Passage à l’Etat régional

La réussite de cette expérience devrait amener à initier une réflexion sur la modification du statut de la CEDEAO. En effet, l’organisation aurait tout intérêt à passer au niveau d’état régional. Les avantages du passage à l’état régional sont développés dans une de mes chroniques :

http://www.laadialmatontou.com/la-cedeao-peut-passer-a-letat-regional

Dans le cadre d’un état, les rébellions seraient moins justifiées car les barrières frontalières devraient disparaitre pour favoriser l’épanouissement des peuples et cultures. Les Touareg n’auraient aucunement besoin de diviser tous les pays dans lesquels ils se trouvent pour constituer l’Azawad. De plus, les militaires hésiteraient plusieurs fois avant d’opérer un coup d’état sans le droit serait rétabli immédiatement par une force supérieure. Les conflits frontaliers ne seraient plus réglés par la force militaire mais le droit judiciaire.

Pr  Youssou  GNINGUE (Dept. Math & CS,  UL,  Canada)

 

 L'auteur  Youssou GNINGUE
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Commentaires: (11)
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Badou mbo En Juillet, 2012 (13:44 PM) 0 FansN°:1
mais, combien de temps cella prendra de faire tout ceci ? vous croyez que du cote des rebelles ils resterons sur place a dorer leurs blasons? au contraire ils vont consolider leurs positions, ils pensent comme vous ,et s'organisent plus que vous rien ne sera facile pour l'armee du mali qui a prie la poudre d'escampete au premier coup de feu .les chefs d'etats de la cedao ne feront rien qui pourrais porter atteinte , ou affaiblir leurs pouvoirs , alors que les rebelles prennent racines, et consolident leurs positions, ils se bornent a des discutions qui ne risquent pas d'avoir aucune solutions. vous vous connaisez bien , le noir ne trouve jamais de solution il compte toujours sur une assistance, meme si elle n'existe pas pour le moment , et risque de ne pas exister nous revons qu'un jour comme la pluie, elle nous tombera sur la tete.les chefs d'etats africains reflechissent sur leurs interets politiques,pas plus .mais , le danger nous atteindra tous, comme au mali, il viendra tapper a nos portes au moment oportun .c'est connue chez les africains , nous reflechissons apres , pendant qu'il est trop tard , depuis le debut de cette crise a nos jours qu'avons nous fait, absolument rien si non des depences .les colonisateurs ont bien reussient leurs missions en 60 ans,mais nous , nous ne pourrons rien faire en 100 ans. mon grand pere a bien raison de demander quand finira l'independance ?car pour lui un noir ne reusira jamais comme le blanc, a chaque fois que mon pere lui disait...
Youssou Gningue En Juillet, 2012 (16:03 PM) 0 FansN°:2
La première étape pourrait être entreprise immédiatement. Elle concerne la partie libre du Mali qui peut recevoir les 3270 soldats de la MICEMA.

Par rapport à la préparation, l’avantage de la MICEMA est le support de coalition qu’elle détient.

Les rebelles ne resteront pas sur place à dorer leurs blasons mais la force de l’Afrique est supérieure à celle d’une quelconque

La MICEMA dépend de l’ONU

Arretez SVP votre complexe raciste !

L'indépendance avec plus d'indépendance, Elle finira avec la fédération; les Etats-Unis d’Afrique, en 2017
Anonyme En Juillet, 2012 (07:22 AM) 0 FansN°:3
Dans les Faits la Cedeao et L'union Africaine n'ont pas besoin du feu vert de l'Onu pour intervenir au Mali. Même pour le financement de l'opération, rien n'empêche les Etats Ouest Africains d'émettre des bons du trésor auprès de leur banque centrale. Pour l'appui technique et logistique il y a déjà des accords de défense (Les Sas Anglais travaillent déjà avec les forces Spéciales du Nigéria contre Boko haram, sans l'aval de l'Onu). Le Rôle de la France et des Usa n'est pas à négliger. La France a un deal avec les Touaregs du type "Etat contre Accords de coopération et concessions minières". les Usa veulent une base pour l'Africom.
A mon avis si l'Ecomog tarde à intervenir c'est que la France et les Usa n'ont pas encore obtenu de nos leaders ce qu'ils veulent. C'est triste mais comme pour l'Afghanistan et l'Irak le péril islamique est un très bon moyen pour les Occidentaux de faire avancer leurs agendas.
En fait je comprends mieux pourquoi ATT a voulu noyé le poisson, le deal n'est pas bon ni pour le Mali ni pour L'Afrique.
Question : Est-ce que des états de la Cedeao et de l'Union Africaine sont prêts a agir sans le feu vert des USA et de la France ?
Youssou Gningue En Juillet, 2012 (17:40 PM)0 FansN°: 195262
Vous avez raison, la Cedeao et L'union Africaine doivent intervenir immédiatement.

Ils n'ont pas besoin du feu vert de l'Onu pour intervenir au Mali.

Vous avez raison également pour le côté logistique
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Question : Est-ce que des états de la Cedeao et de l'Union Africaine sont prêts a agir sans le feu vert des USA et de la France ?
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A mon avis, la Cedeao et l’UA peuvent agir tout de suite en occupant d’abord la partie libre du Mali et en consolidant le pouvoir de Bamako
Guy En Juillet, 2012 (15:39 PM) 0 FansN°:4
Dans sa forme actuelle ni la cedeao ni l'ua ne peut dissuader quoi que ce soit à qui que ce soit. On l'a bien vu avant la chute de khadafi, où les même etats qui avaient voté la résolution de l'ua (les arabes) ont cautionné l'intervention de l'otan. Donc on voit que l'UA et la CEDEAO ne sont que des coquilles vides. En plus c'est bien de parler de force dissuasive au nord mais il faut voire la superficie du nord par rapport au nombre de soldats qui pourraient etre déployés? Le Mali fait 1,2 millions de km² et la zone occupée est plus grande que la zone du sud. Je suis pour une discution avec les touaregs mais il ne faudrait surtout pas négocier avec les terroristes. Anyway c'est une guerre de colonisation. Tous savent que la palestine ou israel était le pays de cananéens qui étaient noirs, l'egypte pharaonique aussi, le maghreb aussi.... le nord mali là. C'est comme ça. L'UA ne sert a RIEN. Nous sommes tous panafricanistes mais avec de tels individus à la tete des etats, il ne se passera RIEN
Anonyme En Juillet, 2012 (21:21 PM) 0 FansN°:5
@ Guy en fait avec un grand mouvement populaire il est possible de forcer une réaction de nos pantins de leaders.

les Maliens peuvent déjà mener des actions de guérilla contre les salafistes.

Ils peuvent aussi manifester à Bamako en faveur d'une intervention de la CEDEAO. Leur Gouvernement peut la demander.

Les Maliens peuvent aussi mettre sur pieds un circuit pour recevoir les volontaires.

Par les réseaux sociaux, les églises, mosquées, radios et Tv les opinions publiques Ouest Africaines peuvent pousser leur gouvernement respectif à l'action. Où sont les manifestations contre ces Salafistes et al Qaïda en Afrique de l'Ouest ?, Où sont les Hommes politiques et religieux qui dénoncent la situation au Mali ?

La menace est réelle tout comme le chantage. Si nous ne faisons pas entendre notre voix, nos leaders devront capituler et accepter le Deal.

le 23 Juin 2011 si le pays ne s'était pas levé Wade aurait gagné son ticket. La même chose est vrai pour le Mali.
Guy En Juillet, 2012 (22:33 PM) 0 FansN°:6
Je suis d'accord sur ce qui DEVRAIT etre fait. Mais regardons de pret ce qui se fait réellement. Les maliens qui sont les premiers concernés, tergiversent, leur armée s'entre tue selon la couleur du beret, les politiciens, soit sont a l'étranger, soit ne disent rien, leur intellectuels sont muets (sauf aminata traoré qui est CONTRE une intervention de la CEDEAO) la population a faim. Les soit disant frères africains comme nous les sénégalais, ne sont pas informé de la situation du mali et des incidences que cela peut avoir sur nous(menaces d'islamistes, vague de réfugiers avec tout ce qui va avec...) La seule alternative a ses problèmes est a mon avis l'integration sous régionale au début et continentale a terme. Il faut un Etat FORT qui chatie tout ceux qui oserait s'attaquer a nos frontières, et peser faces aux grands ensembles comme l'ue la russie les usa la chine.... Hier le congo avec plus 3 millions de morts, de femmes violée dans l'indifference GENERALE aujourd'hui le mali, demain un autre. l'histoire n'est qu'un eternel recommencement.
Youssou Gningue En Juillet, 2012 (08:54 AM)0 FansN°: 196315
Commpletement en accord avec vous par rapport a l'Etat continental ou a defaut l'Etat régional.

Pour le Mali, comme vous le dites, La CEDEAO devrait intervenir urgemment. La MICEMA devrait le faire au moins dans la partie libre du Mali pour consolider le pouvoir et réorganiser l'armée.

Ceci constitue la premiere étape stratégique.
Moi En Juillet, 2012 (12:23 PM) 0 FansN°:7
Je n'ai jamais été favorable à une intervention militaire mais là on est dans une situation de calamité humaine.
Mr Gnuingue je partage ton analyse de la situation actuelle au Mali. Je rappelle que le Mali représente en Afrique de l'ouest ce que l'Ethiopie représente pour les rasta. C'est à dire le berceau de la civilisation ouest africaine avec des archives qui sont les ville de Tombouctou, de Gao et d'autres mais aussi et surtout des peuples comme les dogon. Ces derniers ont des modèles de vie basés sur le respect le courage le partage le sens de l'honneur et l'indépendance culturelle.
Il faut laisser des gens même aussi bien organiser détruire nos repères historiques et culturel.
Il est vraiment urgent que l'union africaine et la cedeao mettent un terme à ce massacre avec l'appui de la communauté internationale.
L'ensemble des historiens de cette zone géographique en particulier et du monde entier en général doit se faire entendre par tous les moyens pour sauver les populations maliennes.
Citoyens du monde,agissons avant que la situation ne devienne totalement ingérable.
Merci Mr Guingue pour le rappel
King En Juillet, 2012 (21:21 PM) 0 FansN°:8
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Youssou GNINGUE
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