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Leçons électorales du Gabon

Posté par: Youssou GNINGUE| Jeudi 06 octobre, 2016 15:10  | Consulté 565 fois  |  1 Réactions  |   

Les populations gabonaises semblent avoir lancé  à Ali l’expression;  c’est bon go ! Mais Ali a entendu c’est BONGO !  La situation résultante est toujours tendue et explosive au Gabon.

Quelles leçons le Sénégal et l’Afrique pourraient-ils tirer de cette expérience ?

Leçon 1.     Annonce simultanée des résultats

Dans une élection, les résultats doivent être divulgués simultanément. Le décalage de vulgarisation entre  les résultats  de la province  du président sortant et celle des autres a créé  la suspicion du résultat initialement programmé. Ali Bongo, avec un retard de 60 000 voix,  avait  été par la suite déclaré vainqueur avec 49,80 % des suffrages contre 48,23 % pour Jean Ping soit 1.57 %.

 Sur ce point, certains pays d’Afrique  devraient recevoir la  leçon du Sénégal ou les annonces de résultats sont non seulement simultanées mais relativement instantanées.

Leçon 2.     Vers une incorporation du fichier dans le registre national.

Le fichier électoral  gabonais  est constitué de 627 805  électeurs  dont  seulement  373 310 ont voté soit 57.35  %. Les résultats finalement proclamés confèrent  177 722 votes au vainqueur Ali Bongo soit   50.66  % des votants. Ceci représente en réalité, 28.31  % du total d’inscrits.

Le fichier n’est souvent pas mis à jour régulièrement. C’est à la veille des élections qu’on s’occupe de ce fichier  en y englobant des sommes faramineuses.  Le fichier est souvent manipulé par le pouvoir en place pour se donner plus de chance aux élections alors que le registre national est entretenu par les experts de la démographie.

Une vraie démocratie doit aspirer à l’utilisation d’un fichier incorporé dans le registre national régulièrement mis à jour  par les techniciens démographiques. Ceci permettrait  d’éviter des dépenses  redondantes et inutiles.

Dans certains pays, la confection du fichier est  le prétexte de se maintenir au pouvoir. C’est le cas de la RDC ou Kabila prévoit renvoyer  les élections au-delà de décembre 2018. D’ailleurs, au Sénégal, Djibo Ka de l’Urd est en train d’avancer ce prétexte pour coupler toutes les élections en 2019. Ceci aurait fourni un sursis de 2 ans à l’Assemblée Nationale.

Leçon 3.     L’élection à un tour est une source de conflit

Certains politiciens incertains de la réélection du PR Macky Sall sont en train d’essayer  de  sonder l’idée d’une élection à un tour avec de légers aménagements.

L’élection à un tour  est une véritable source de conflit pour plusieurs raisons. 

La plus importante  est qu’il est possible de se trouver dans une situation de dictat. En effet, l’élu peut être minoritaire durant tout son mandat.  Ali avait été en 2009 avec seulement 41 % des voix.

Une autre raison est que le résultat peut être très serré  comme dans le cas du Gabon et il n’existe pas une deuxième chance pour les départager. Si un deuxième tour  avait été considéré, le Gabon aurait pu éviter les décès et  pertes  inutiles.

Leçon 4.     Difficulté d’acceptation de l’alternance par les politiques

Sauf pour les personnes véridiques, la parole de celui qui a déjà eu est toujours différente de la parole  celui qui cherche à avoir.

Au moment où ils cherchent à gagner les élections, nos présidents sont prêts à quitter le pouvoir à la fin de leur mandat qui semble très lointaine.  Cependant quand cette fin approche, ils vont tout faire pour se maintenir. Même s’ils veulent respecter leurs paroles, leurs entourages ne sont pas prêts. Il faudrait développer une vraie culture démocratique.

La patrie avant le parti  et le party (festin)

Leçon 5.     Meilleure organisation de l’opposition sénégalaise

Les oppositions africaines devraient mieux s’organiser et dégager des stratégies gagnantes. Dans le cas du Sénégal, l’opposition devra tenir compte du fait que la stratégie consistant à se donner rendez-vous au second tour ne fonctionne pas tout le temps. Elle n’a pas fonctionné en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Tchad. Les raisons sont multiples.

La première raison est que les chefs d’État ont tous compris que le deuxième tour ouvre souvent la porte à l’alternance et font le tout pour passer au premier tour.

La deuxième raison est la multiplication des candidats qui entraine une baisse de crédibilité et d’intérêt du corps électoral non favorable au pouvoir. L’éclatement de certaines alliances crédibles peut également  faciliter ce découragement.

C’est d’ailleurs, cet éclatement d’alliance qui a fait perdre le pouvoir à la coalition Benno Sigguil Sénégal.  L’organisation avait tergiversé pendant près d’une année sans pouvoir mettre des conditions démocratiques pouvant aboutir à la désignation d’un candidat unique. L’alliance s’était finalement désintégrée en trois principaux groupes; les deux premiers  groupes se sont formés autour des candidats  Tanor  Dieng et  Moustapha  Niasse. Le troisième groupe  a cherché à corriger  l’erreur commise en interviewant des candidats. Leur choix porté sur le journaliste Latif Coulibaly fut vain car il se désista avant la soumission de candidature.

Sachant que l’éclatement a favorisé le positionnement de Macky Sall qui est passé de la position d’outsider à celle de challenger. D’ailleurs certains membres de la coalition ont du se reporter dans son camp.

Sachant que certains membres ont été désintéressés et ont versé dans la très forte proportion observée d’abstentions  (près de 48 %).

Sachant qu’en théorie des jeux, la somme des  valeurs des membres constituant une alliance est inférieure à la valeur de l’alliance. D’ailleurs, les candidats Niasse  et Tanor ont récolté respectivement des scores approximatifs de 13 et 11 dont la somme de 24 % est légèrement à celui (26 %)  de Macky Sall.

Sachant tout ceci, nous pouvons noter que ces candidats  jouant actuellement les seconds rôles à côté du président  Macky Sall auraient pu jouer le premier rôle qui leur aurait permis d’appliquer les décisions issues des assises nationales.

Leçon 6.     Possibilité et facilité de coup d’État électoral

Certains présidents ont compris qu’il est possible de  falsifier les résultats des élections sans aucune conséquence possible. Les institutions internationales condamnent, mais finissent toujours pour des intérêts personnels par accepter le fait accompli.

Leçon 7.     Des observateurs internationaux  plus impliqués

Pour éviter ces possibilités de coup d’état électoral, il faut beaucoup plus d’implication des observateurs  qui peuvent avoir accès aux procès-verbaux (PV) des résultats.  Dans le cas contraire, l’utilité des observateurs peut être remise en cause. En effet, sous sa forme actuelle, les observateurs ne détiennent pas des preuves de leurs positions.  La correction de cette situation  impliquerait une capacité de positionnement mieux justifiable des institutions internationales dans le cas de coup d’état électoral.

Espérons de tout cœur que les Gabonais puissent avoir un dépassement d’esprit leur  permettant d’éviter l’embrasement du Gabon.

Dr Gningue Youssou, Dir. Dep.  Math & Info, Laurentian University (Canada)

 L'auteur  Youssou GNINGUE
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Commentaires: (1)
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Youssou En Octobre, 2016 (13:12 PM) 0 FansN°:1
Une illustration de la leçon 4 est en train de se vivre en Mauritanie. Des appels de responsables du pouvoir favorables à une modification constitutionnelle permettant un troisième mandat du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz. Un député de l'Union pour la République (UPR, au pouvoir), Khalil Ould Tiyeb, a évoqué mardi, lors d'une séance du dialogue national lancé le 29 septembre (boycotté par une partie de l'opposition), une levée de la disposition constitutionnelle sur la limitation des mandats pour permettre au président mauritanien d'en briguer un troisième (Voir Seneweb).

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Youssou GNINGUE
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